Grâce à ma copine Gaëlle Picut, j’ai pu lire le dernier livre de Brigitte Grésy « La vie en rose. Pour en découdre avec les
stéréotypes ».
Le décodage des stéréotypes et les inégalités
qui en découlent, le poids du conditionnement social, voilà un programme qui a
priori m’enthousiasmait.
Sauf qu’en refermant le livre, je suis restée un peu
sur ma faim.
D’abord car je n’ai rien appris. J’ai avalé le
livre en une heure, d’une traite, parfois même en diagonale vers la fin tant ce
que je lisais m’était familier. Si vous êtes lecteur/rice régulier(e ) des
blogs féministes, des Nouvelles News,
que vous suivez les bonnes personnes sur Twitter ou que vous vous intéressez un
peu à la problématique, sachez que vous n’apprendrez pas grand-chose. C’est
sans doute voulu, le livre semblant s’adresser à un public qui ne serait pas du
tout sensibilisé à la question. Une sorte de "Stéréotypes pour les
nul(lles)" en quelque sorte. Sauf qu’entre vulgarisation et
simplification, il existe une frontière, certes très fine, que Brigitte Grésy
franchit allégrement.
Pour ma part, je n’ai pas apprécié le recours
systématique à Rose, un personnage de fiction censé humaniser le propos et le
rendre plus accessible, en tête de chapitre. Avait-on vraiment besoin de cette
« Candide » pour comprendre l’importance des stéréotypes ?
D’autant que cette Rose, censée représenter les femmes, n’échappe pas non plus
aux stéréotypes et à la caricature. A la barre d’un bateau, elle est à la
limite du malaise et rate sa manœuvre, polluée par les remarques sexistes qui
lui reviennent rétrospectivement à l’esprit. Quand elle porte une robe légère,
elle se demande si elle n’est pas "l’esclave
des stéréotypes féminins". Et quand elle se pose trop de questions,
elle ferme les yeux et "décide
d ‘oublier un temps les réflexions vertigineuses" puis "se souvient qu’elle a un déjeuner de filles avec
les copines de sa boîte. Cela lui donne des ailes. Elle adore les trucs de
filles, les verres entre filles, les courses entre filles, même si elle sait
que c’est le résultat d’un formatage ancien".
La définition même des stéréotypes est digne
d’un manuel d’école élémentaire « Tout
fonctionne, semble-t-il, comme deux boîtes de couleur noire à l’extérieur, deux
grandes, deux énormes boîtes noires : l’une d’entre elles est entièrement
tapissée de bleu à l’intérieur, un beau bleu bien franc ; l’autre est
uniformément tapissée de rose, un beau rose, ni trop pâle ni trop vif ».
« Puisent dans ces boîtes, à
longueur de temps, les êtres humains, les uns plus grands et plus gros, on les
appelle des hommes ; les autres plus petits, plus fins, on les appelle des
femmes. Et les deux sexes se nourrissent exclusivement de produits d’une seule
boîte, la bleue pour les hommes, la rose pour les femmes. C’est facile ;
c’est clair ; pas de trouble, pas d’embrouille, on sait qui fait
quoi ».
Même quand j’essaye d’expliquer le concept de
stéréotypes à mes enfants, je n’ai pas recours à la boiboîte rose et la
boiboîte bleue ! Pitié, ce n’est pas parce qu’on s’adresse à des
non-spécialistes que l’on doit à ce point tomber dans la simplification !
Autre point qui m’a fait également tiquer, la
non-citation des sources. Page 207, l’auteure évoque ainsi l’article de Titiou
Lecoq dans Slate : « « Sept cadeaux pour que votre fille soit nulle en maths » lançait avec
provocation une journaliste dans un article sur le choix des cadeaux de Noël »…sans
jamais citer le nom de la journaliste ou même du support. Est-ce parce qu’il
s’agit d’une femme journaliste ? Ou bien d’un site internet, donc
forcément de l’information de seconde zone ? Dommage pour un livre censé
combattre les stéréotypes !
J’ai également déploré l’absence d’outils
pratiques : oui, les réseaux féminins sont importants, dans ce cas pourquoi ne
pas en avoir mentionné une liste en fin d’ouvrage ? Si ce livre se destine
aux néophytes, pourquoi ne pas enrichir la problématique de conseils de lecture
pour approfondir la question ?
Donc, en résumé, un livre destiné à celles et
ceux qui n’ont jamais lu un blog féministe ou un ouvrage traitant de la
problématique des stéréotypes, à compléter d’urgence par une liste de lectures
(de blog, de sites internet ou de livres) !
A lire également sur le sujet, l’excellent
billet de Crêpe Georgette, qui critique l’application lancée par le
Ministère des droits des femmes et à laquelle a participé Brigitte Grésy.
j'ai fait une expérience un peu inverse
RépondreSupprimerj'ai lu "la chair" de serge rivron.
son objectif est tout autre et centré sur le symbolisme de la chair dans les psychées contemporaines, avec un regard oscillant entre inspirations diverses à la source de la société occidentale qui précisément oublie ses sources.
or
ce qui m'a à la fois intéressé et horrifié
c'est précisément que là
à travers sa description de la réalisation des fantasmes de ses personnages
serge montre l'horreur des stéréotypes de genre qui vont jusqu'à la structuration de la fantaisie que freud pensait chaotique et refoulée dans l'inconscient, et qui quand elle remonte, devient déstructurante, jusqu'à la destruction des individualités et des rapports affectifs et sociaux.
ces stéréotypes sont non seulement ceux des structures de rôles sociaux
mais plus encore ceux des structures de sensibilités
et d'intimité
de rapports à soi
de rapports à l'autre.
je ne sais pas du tout si c'était le but recherché par serge, l'auteur. il me le dira peut-être à la suite de nos échanges.
mais j'ai trouvé que c'était très démonstratif
et ravageur
j'ai eu énormément de mal à lire ce texte.